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Lombalgie non-spécifique et ostéopathie

par Christian Denaeyer

Il y a quelques années encore lorsque vous souffriez d’un lumbago, on vous mettait en arrêt maladie et on vous prescrivait du repos au lit. Aujourd’hui on vous dira, levez-vous et bougez !

Plus de 80% d’entre nous développeront à un moment de la vie un épisode douloureux dans le bas du dos. Heureusement, dans la majorité des cas, celui-ci ne sera pas attribuable à une pathologie spécifique (fracture, infection, tumeur…). Pour plus de 90% de ces patients, l’origine de la douleur ne pourra pas être déterminée, on parlera alors de « lombalgie non spécifique » [1].

 

 

Origines:

 

La lombalgie non spécifique se définit comme des douleurs lombaires qu’on ne peut rattacher à une pathologie reconnaissable et connue. De nombreuses structures dans le bas du dos peuvent être à l’origine de ces maux. Cela pousse d’ailleurs certains praticiens, mécontents de la tradition établie d’étiqueter presque tous les cas de lombalgies comme étant non-spécifiques, à soutenir que différentes causes sous-jacentes (facétogènes, discogènes ou sacro-iliaques) existent et peuvent être identifiées. Toutefois, les preuves suggérant l’existence de ces sous-groupes sont pour l’heure insuffisantes [2].

 

 

De plus, il faut garder à l’esprit que la correspondance entre la clinique et les imageries médicales de routine est très mauvaise pour le dos. En effet, les « anomalies » de la colonne vertébrale sont fréquentes (protrusion, hernie discale, discopathie, arthrose) et ne sont pas pour autant à l’origine de vos douleurs. Utilisées de façon abusive, les imageries peuvent avoir un effet délétère en donnant un tableau catastrophique montrant des lésions structurelles qui ne correspondent pas à la réalité clinique du patient. Cela augmente les interventions médicales, induit une perception négative et de mauvais résultats fonctionnels chez les patients lombalgiques [3]. Il est donc important de se concentrer sur la clinique avant tout.

 

 

Le lien qui relie la survenue de lombalgies avec de mauvaises postures est souvent rapporté par les
patients. Pour répondre à cette question, des chercheurs canadiens ont synthétisé l’ensemble des
données publiées sur les liens de causalité entre les postures inconfortables au travail et la survenue de lombalgies [4]. Plus de 40 métiers y figurent dont les plus représentés étaient les travailleurs administratifs suivis des infirmières, des plombiers et des postiers. Leur conclusion fut qu’il n’existe pas de rapport entre les postures professionnelles et les douleurs lombaires dans les populations de travailleurs étudiées. Les facteurs mécaniques dans la genèse des lombalgies n’est donc sans doute pas aussi présente qu’on le pensait. Néanmoins, le fait d’être en surpoids ainsi que la sédentarité augmentent le risque de lombalgie. Un mode de vie sain et dynamique est donc tout indiqué pour prévenir vos maux. Il est d’ailleurs intéressant de noter que seuls les exercices physiques ont montré une efficacité pour prévenir les lombalgies [5].

 

 

Enfin, il faut savoir que l’absence de données claires sur l’origine des lombalgies s’explique aussi par
le fait que cette pathologie fait intervenir une multitude de facteurs génétiques, physiques,
psychologiques, environnementaux, culturels et sociétaux.

 

 

 

Les traitements:

 

Les recommandations de la plupart des guides de pratique clinique (guidelines) s’accordent sur l’utilisation d’un cadre biopsychosocial pour guider la prise en charge. Elles comprennent un
traitement initial non pharmacologique, une éducation qui soutient l’autogestion et la reprise desbactivités normales et de l’exercice, ainsi que des programmes psychologiques (cognitivo- comportemental) pour les personnes présentant des symptômes persistants. De plus, ils recommandent une utilisation prudente des médicaments, de l’imagerie et de la chirurgie [6].

 

Les manipulations vertébrales, utilisées notamment par les ostéopathes, sont également reprises
dans l’arsenal thérapeutique de ces guidelines pour traiter les lombalgies. Leur efficacité reste
controversée, comme l’ensemble des traitements proposés d’ailleurs.

 

Finalement, il n’existe pas de traitement parfait, chacun d’eux a une efficacité faible quand on lescompare à un placebo. Si des sous-groupes de patients, conçus sur base de leur réponse positive à certains traitements, pouvaient être identifiés de manière fiable, cela représenterait une avancée
considérable dans le traitement des lombalgies. En attendant, il est donc important de tenir compte des préférences du patient.

 

 

 

La prise en charge ostéopathique

 

Lorsqu’un patient se présente avec une lombalgie aigüe, la première étape va être de s’assurer qu’il
ne possède pas de contre-indication à la prise en charge ostéopathique (par une série de questions et certains tests cliniques). Ce sont les fameux drapeaux rouges (red flags). Ces derniers auront une valeur sémiologique d’autant plus importante qu’ils seront nombreux. Par exemple, se réveiller la nuit par la douleur lors d’une lombalgie aigüe n’est pas rare et n’est pas pour autant associé à une pathologie grave sous-jacente si ce signe est isolé [7].

 

Une fois que ces pathologies spécifiques ont été écartées et que l’origine musculosquelettique est
confirmée il est important d’identifier les patients susceptibles de développer des douleurs chroniques et une invalidité à long terme : ce sont les yellow flags. Ces drapeaux jaunes incluent des attitudes et des croyances inappropriées concernant les maux de dos (le mal de dos indique des dommages ou une maladie grave), un comportement inapproprié (comportement d’évitement et des niveaux d’activité réduits) et des difficultés liées au travail et/ou émotionnelles. Ces patients seront invités à suivre une prise en charge pluridisciplinaire [8].

 

Les patients n’ayant aucune contre-indication et souhaitant être traités par manipulation vertébrale pourront en bénéficier. Les manipulations vertébrales sont ce qu’on appelle des techniques à Haute Vélocité et à Basse Amplitude (HBVA) pour lesquelles un son audible est généralement présent.

 

Bien que le mécanisme rendant ces techniques efficaces ne soit pas encore entièrement compris, l’hypothèse suggérée dans la littérature scientifique est que la force mécanique de la manipulation vertébrale affecte principalement les neurones afférents dans le tissu paraspinal et déclenche une cascade de réponses neurophysiologiques dans le système nerveux périphérique et central, conduisant finalement à une inhibition de la douleur [9].

 

Des études ont également mis en évidences la modification de certains biomarqueurs [10] ainsi que du système nerveux autonomes [9] suite à des manipulations vertébrales. Enfin, et le plus important pour les patients, une méta-analyse de 2017 [11] a montré une efficacité modérée de ces techniques chez les patients présentant une lombalgie de moins de 6 semaines sur les douleurs et sur les gênes fonctionnelles. Cependant, l’hétérogénéité des études reprise dans cette méta-analyse était importante. Lier les effets neurophysiologiques des manipulations vertébrales aux modifications de la douleur perçue permettrait d’augmenter leur pertinence d’un point de vue thérapeutique, d’identifier éventuellement des sous-groupes de patients et d’avoir un traitement plus individualisé.

 

 

Conclusion:

Les avancées scientifiques les plus prometteuses pour la prise en charge de patients lombalgiques
sont celles qui alignent la pratique sur les preuves, réduisent l'accent mis sur les anomalies de la colonne vertébrale et assurent la promotion de l'activité et de la fonction, y compris la participation au travail. Il faut tenir compte des connaissances actuelles, de l’expérience clinique du praticien ainsi que des préférences du patient.

 

Souffrez-vous de problèmes de dos?  Nos kinésithérapeutes et ostéopathes sont là pour vous aider.

 

We care, you perform.

 

Bibliographie:

 

  • [1] Balagué F, Mannion AF, Pellisé F, Cedraschi C. Non-specific low back pain. Lancet. 2012 Feb 4;379(9814):482-91. doi: 10.1016/S0140-6736(11)60610-7. Epub 2011 Oct 6. PMID: 21982256.

 

  • [2] Kamper SJ, Maher CG, Hancock MJ, Koes BW, Croft PR, Hay E. Treatment-based subgroups of low back pain: a guide to appraisal of research studies and a summary of current evidence. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2010 Apr;24(2):181-91. doi: 10.1016/j.berh.2009.11.003. PMID: 20227640.

 

  • [3] Rajasekaran S, Dilip Chand Raja S, Pushpa BT, Ananda KB, Ajoy Prasad S, Rishi MK. The
    catastrophization effects of an MRI report on the patient and surgeon and the benefits of clinical reporting: results from an RCT and blinded trials. Eur Spine J. 2021 Jul;30(7):2069-2081. doi: 10.1007/s00586-021-06809-0. Epub 2021 Mar 21. PMID: 33748882.

 

  • [4] Roffey DM, Wai EK, Bishop P, Kwon BK, Dagenais S. Causal assessment of awkward occupational postures and low back pain: results of a systematic review. Spine J. 2010 Jan;10(1):89-99. doi: 10.1016/j.spinee.2009.09.003. Epub 2009 Nov 11. PMID: 19910263.

 

  • [5] Bigos SJ, Holland J, Holland C, Webster JS, Battie M, Malmgren JA. High-quality controlled trials on preventing episodes of back problems: systematic literature review in working-age adults. Spine J. 2009 Feb;9(2):147-68. doi: 10.1016/j.spinee.2008.11.001. PMID: 19185272.

 

  • [6] Foster NE, Anema JR, Cherkin D, Chou R, Cohen SP, Gross DP, Ferreira PH, Fritz JM, Koes BW, Peul W, Turner JA, Maher CG; Lancet Low Back Pain Series Working Group. Prevention and treatment of low back pain: evidence, challenges, and promising directions. Lancet. 2018 Jun 9;391(10137):2368- 2383. doi: 10.1016/S0140-6736(18)30489-6. Epub 2018 Mar 21. PMID: 29573872.

 

  • [7] Henschke N, Maher CG, Refshauge KM, Herbert RD, Cumming RG, Bleasel J, York J, Das A, McAuley JH. Prevalence of and screening for serious spinal pathology in patients presenting to primary care settings with acute low back pain. Arthritis Rheum. 2009 Oct;60(10):3072-80. doi: 10.1002/art.24853. PMID: 19790051.

 

  • [8] Jonckheer P, Desomer A, Depreitere B, Berquin A, Bruneau M, Christiaens W, Coeckelberghs E, Demoulin C, Pierre Duquenne (CHC Liège), Forget P, Fraselle V, Godderis L, Hans G, Hoste D, Kohn L, Mairiaux P, Munting E, Nielens H, Orban T, Parlevliet T, Pirotte B, Van Boxem K, Van Lerbeirghe J, Van Schaeybroeck P, Van Wambeke P, Van Zundert J, Vanderstraeten J, Vanhaecht K, Verhulst D. Low back pain and radicular pain: development of a clinical pathway. Health Services Research (HSR) Brussels: Belgian Health Care Knowledge Centre (KCE). 2017. KCE Reports 295. D/2017/10.273/87.

 

  • [10] Kovanur-Sampath K, Mani R, Cotter J, Gisselman AS, Tumilty S. Changes in biochemical markers following spinal manipulation-a systematic review and meta-analysis. Musculoskelet Sci Pract. 2017 Jun; 29:120-131. doi: 10.1016/j.msksp.2017.04.004. Epub 2017 Apr 5. PMID: 28399479.

 

  • [11] Paige NM, Miake-Lye IM, Booth MS, Beroes JM, Mardian AS, Dougherty P, Branson R, Tang B, Morton SC, Shekelle PG. Association of Spinal Manipulative Therapy With Clinical Benefit and Harm for Acute Low Back Pain: Systematic Review and Meta-analysis. JAMA. 2017 Apr 11;317(14):1451- 1460. doi: 10.1001/jama.2017.3086. Erratum in: JAMA. 2017 Jun 6;317(21):2239. Erratum in: JAMA. 2017 Nov 28;318(20):2048. PMID: 28399251; PMCID: PMC5470352.

à propos de l'auteur

Christian Denaeyer

Je suis spécialisé dans les douleurs musculosquelettiques. Formé à l’Université Libre de Bruxelles, ma pratique se veut une approche moderne de cet art de guérir.

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